Discussion entre Eckart Tolle et sa Sainteté le Dalai-Lama (vidéo traduite par mes soins)

J’ai eu l’occasion sur ce site de vous présenter des vidéos d’Eckart Tolle, de Matthieu Ricard et du Dalai-Lama. Imaginez maintenant comment cela pourrait être enrichissant qu’ils soient tous les 3 réunis sur un même plateau pour débattre ensemble. J’ai découvert par chance une vidéo du sommet de la paix 2009 qui a eu lieu à Vancouver dans lequel ces 3 trois guides exceptionnels sont réunis et discutent ensemble. C’est une chance unique et extraordinaire d’y voir plus clair dans les messages de chacun pour y trouver une certaine unité et éviter de nous perdre. Eckart Tolle est connu pour ses enseignements vers la pleine conscience et l’absence de pensée, vous pourrez découvrir dans cet article les commentaires du Dalai-Lama et de Matthieu Ricard sur cela. J’ai traduit pour vous  les passages clés qui m’ont été très instructifs quand je les ai découverts.

 Vidéo de l’événement en anglais :

Premier passage clé :

Présentateur :

Parlons un petit peu du processus vers la paix intérieure. Il y a une question centrale que j’aimerais que vous Eckhart et sa Sainteté le Dalai-Lama répondent. Il s’agit du meilleur chemin vers la paix intérieure. Dans vos écrits (en référence à sa Sainteté le Dalai-Lama), vous parlez de l’importance de trouver des raisons de prendre le contrôle de votre mental. Vous avez rejoint de nombreuses études scientifiques pour comprendre le processus du mental et les raisons d’aller vers l’éveil.

Eckhart vous, vous écrivez explicitement d’arrêter le mental pour aller vers l’éveil. A certains points, vous décrivez même les pensées comme une maladie. J’aimerais que vous nous parliez de cela et ensuite que sa Sainteté le Dalai-Lama commente cela.

Eckhart Tolle :

Le fait de penser, vous pouvez l’observer en vous. Il y a une voix dans votre tête qui n’arrête jamais de parler, c’est un processus de pensée automatique. Pour beaucoup de gens, ce mécanisme de pensée fonctionne en permanence et produit beaucoup d’angoisse et de souffrance parce que le mental est très critique. Il juge tout, il interprète les choses très souvent d’une façon disproportionnée et négative. Quand vous rencontrez d’autres êtres humains, vous pouvez observer votre propre mental et réaliser qu’il y a une voix dans votre tête. La plupart des gens sont tellement pris dans l’opinion de cette voix qui parle qu’il pense que c’est leur identité, que c’est ce qu’ils sont. Ce sens d’une identité est ce que l’on pourrait appeler l’ego. Je crois que la grande découverte du Bouddha fut de découvrir que cette idée de soi est une illusion.

Le mental peut être et c’est le cas pour certaines personnes un instrument merveilleux. C’est le cas si c’est utilisé tel qu’un instrument a votre service, mais si c’est le mental qui vous utilise, vous devenez fou. La différence se trouve ici entre : « Est-ce que j’utilise mon mental où est-ce le mental qui m’utilise ? Est-ce que le mental me possède et dirige ma vie à travers tous mes vieux conditionnements ? ». La chose importante est de réaliser qu’il y a une dimension en nous dans laquelle nous ne pensons pas. Dans cette dimension, je suis alors juste présent, ouvert, calme et ici. Il y a une ouverture au-delà des processus de pensée dans laquelle vous êtes totalement réceptif, comme un petit enfant. Vous pouvez voir le monde sans lui imposer de concept, les choses sont telles qu’elles sont dans une grande clarté. Je crois que c’est un aspect de ce que le Bouddha appelle la vacuité. Il y a un espace vide en dessous du processus de pensée. Vous réalisez l’essence de ce que vous êtes. A ce moment-là, vous pouvez utiliser le fait de penser de façon constructive. Vous n’êtes plus sous le contrôle de votre mental. C’est cela l’éveil, c’est ce vers quoi nous sommes tous engagés. Autrement, nous ne faisons que perpétuer les anciens conditionnements. Par exemple, vous pouvez voir dans certaines familles, les mêmes dysfonctionnements du grand-père, puis du père jusqu’au fils. L’un va battre son enfant qui à son tour va battre le sien parce qu’il a été battu et cela se perpétue.

En réalisant qu’il y a une possibilité de présence. Vous pouvez juste être présent, vous n’avez pas besoin d’être toujours en train de penser. Vous pouvez trouver l’équilibre entre penser et ne pas penser. Comment un petit enfant voit-il le monde ? Tout est merveilleux, vaste, vivant.

Présentateur :

Sa Sainteté le Dalai-Lama, pourriez-vous commenter cela ?

Sa Sainteté le Dalai-Lama :

Vos explications sont plus une sorte de philosophie. Je pense que nous devrions voir le problème de la vie à différents niveaux. A certains niveaux comme vous l’avez mentionné, il s’agit de l’absence de pensée, mais je pense que cela est réservé à seulement quelques personnes (éclats de rire) alors qu’ici nous parlons de plus de 6 milliards d’êtres humains. Les pensées sont aussi importantes car sans elles, nous ne pourrions pas étudier comme l’étude est un processus de pensée. Le fait de pouvoir apprendre est une chose unique de l’être humain qui est positive. Ce qui est dangereux, c’est la façon dont l’intelligence est utilisé. Si c’est de façon constructive où destructive. Cela va dépendre d’autres facteurs.

Ici il y a 2 choses, le pouvoir du cerveau qui est capable d’étudier, de penser et la dimension du cœur. Ces 2 choses combinées font que notre intelligence est constructive. L’intelligence qui par contre est dirigé par des émotions négatives destructives telles que la colère, la haine, la jalousie devient à ce moment-là destructive. Quand nous parlons du mental, il y a tant de différences et pour ce seul facteur, il y a de nombreux aspects.

Maintenant je veux vous montrer mon point de vue (à l’attention d’Eckart Tolle). Il y a tout d’abord le niveau fondamental, à ce niveau je suis un être humain. Au second niveau, je suis tibétain, je suis asiatique. Ensuite à un autre niveau, je suis bouddhiste et à encore un niveau plus élevé je suis le Dalai-Lama. Certaines personnes m’appellent ainsi, d’autres m’appellent le dieu-roi (éclat de rire). Je pense que si l’on regarde les autres au niveau fondamental, il n’y a pas de différence. Mentalement, physiquement, émotionnellement nous sommes tous pareils. Je pense qu’à ce niveau, il n’y a aucune raison de se battre.

Maintenant, au second niveau il y a différentes nationalités, différentes races, différentes couleurs et différentes religions. Même dans la même communauté, il y a des riches, des pauvres, des personnes éduquées, d’autres non et également des différences dans les professions. Certains sont respectés par leur statut et d’autres non. Donc à ce niveau secondaire, il y a de nombreuses divisions, de nombreuses barrières. Quand nous parlons de 6 milliards d’êtres humains, nous devons aller au niveau dans lequel nous ne sommes que des êtres humais. Le plus grand problème est de mon point de vue est qu’on donne beaucoup trop d’importance au niveau secondaire, aux différences en oubliant l’unité entre tous les êtres humains.

Donc comme je l’ai mentionné auparavant, le fait de penser dans ce monde interconnecté de 6 milliards d’habitants est utile. Mon bonheur, mon bien-être futur, ma paix dépend des autres, du reste des 6 milliards d’habitants. Pour comprendre cela, je crois que l’étude et la réflexion sont nécessaires. La compassion seule ne suffit pas.

Ensuite a un autre niveau, quand nous naissons le principal facteur de notre survie au cours des premières semaines et des premiers mois est l’affection. Que ce soit de la part de la mère ou de l’enfant envers sa mère. Biologiquement sans savoir de qui il s’agit, l’affection est ce qui nous fait survivre et c’est ainsi que la vie démarre. Dans notre sang, l’appréciation de l’affection des autres est toujours présente. Même celui qui tue des milliers de personnes à cela profondément en lui, il apprécie également l’affection des autres. Chaque personne qui a cette capacité d’apprécier l’affection à un également le potentiel de montrer son affection à d’autres. Je pense que c’est notre nature profonde. A partir de cela, je crois que la nature humaine est à la base faite de douceur et de compassion. Les scientifiques ont même découvert qu’un esprit plein de compassion est très bon pour notre santé. La peur constante, la colère sont très mauvaises pour notre santé. Cela signifie que biologiquement, au niveau de nos cellules, notre corps fonctionne mieux avec la paix intérieure, la compassion pour les autres.

Deuxième passage clé :

Matthieu Ricard :

Par rapport à ce qui a été dit pour réconcilier ces 2 points de vue (en référence à Eckart Tolle et sa Sainteté le Dalai-Lama), oui notre mental peut devenir notre meilleur ami où notre pire ennemi mais en même temps, on peut faire des recherches dans la façon de combler le fossé entre la perception dont les choses nous apparaissent et la façon dont elles sont.

Si nous partout de l’idée comme c’est le cas dans la pensée moderne que fondamentalement la nature humaine est égoïste. Beaucoup de penseurs disent cela, c’est même le fondement de notre économie. C’est comme acquis que chacun combat pour soi. Si nous partout de ce point de vue, alors pourquoi devrions-nous enseigner aux enfants l’altruisme et la compassion parce que c’est une cause perdue.

En reconnaissant la possibilité de bonté, d’altruisme non pas comme une idée utopique qui a l’air sympa mais quelque chose au cœur de ce que sont les être humains. Cela pourrait nous encourager à rechercher comment cultiver cela à nos enfants et comment incorporer cela dans l’éducation. Et tant que l’on ne devient pas conscient de ce potentiel, alors pourquoi s’en soucier.

Beaucoup de philosophes disent que c’est trop demander que d’aimer ses ennemis. Ils confondent ici apprécier quelqu’un et tuer 10000 personnes en disant que ce n’est pas si grave. Il ne s’agit pas d’apprécier cela, mais quel meilleur vœux peut-on avoir que de permettre à la cruauté, à la haine de disparaître du mental de cette personne qui est folle, qui est malade.

La sagesse ici n’est pas juste une idée sentimentale que je peux aimer que ceux qui sont sympas avec moi. L’amour et la compassion ne sont pas un bonus pour ceux qui se comportent bien, et l’absence de compassion une punition pour les autres. La compassion, c’est déplacer la cause de la souffrance telle que la haine.

D’une certaine façon, la sagesse et la compassion sont comme les 2 ailes d’un même oiseau. L’éducation est énormément basée sur l’intelligence et l’information alors que ce ne sont que 2 outils. Avec un marteau, vous pouvez construire ou détruire. En ramenant les valeurs humaines au cœur de l’éducation, alors l’intelligence peut grandir, grandir, grandir sans qu’il n’y ait de catastrophe.

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