Vidéo exclusive : les différents types de méditation expliqué par Arnaud Guetcheu, un lama de tradition Bouddhiste Tibétain

On entend beaucoup de choses sur la méditation. Qui de mieux pour nous en parler qu’un lama français laïc ayant réalisé 5 années de retraites méditative dans la tradition tibétaine. Je suis très heureux de pouvoir vous présenter cette vidéo où Arnaud nous explique très brièvement les différents type de méditation qu’il a pratiqué. Un grand merci à lui pour nous faire partager son expérience. Je vous laisse découvrir la vidéo.

 Vous pouvez retrouver Arnaud sur son blog: http://www.terresderepos.tv

Les différents types de méditation expliqué par Arnaud Guetcheu.

 

J’espère que cette vidéo vous aura été aussi utile qu’elle l’a été pour moi. Je profite de l’occasion pour vous parler du concours photos organisé par Arnaud au profit de son association “L’école des soleils”. Pour participez, vous n’avez qu’à envoyer 3 photos zen et/ou fun.

Pour en savoir plus, vous n’avez qu’à cliquez sur le lien de la photo qui se trouve juste en dessous :

Transcription texte de la vidéo :

Bonjour, je suis Arnaud Guétcheu du blog www.terresderepos.tv En discutant avec Jonathan du blog Méditer-pour-être-heureux.com, j’ai eu l’idée de faire une petite mise au point sur ce que sont les méditations.

Dans un premier temps, je vais tout d’abord me présenter. Je suis pratiquant du bouddhisme tibétain depuis 1991, j’ai découvert cette tradition à l’âge de 21 ans. De fil en aiguille, j’ai étudié, j’ai réfléchi, j’ai suivi des stages progressifs sur la méditation. Dès le début, les bienfaits ont été tels que je me suis dit : « Voila une science traditionnelle tibétaine excellente, il faut que je l’étudie, il faut que la pratique. » De fil en aiguille, je suis allé à des stages en Bourgogne dans un temple himalayen et 2000 j’ai eu l’opportunité de pouvoir faire une retraite d’un an. Une retraite qui s’est très très bien passée. C’était une retraite cloîtrée, on était une dizaine d’hommes. Et puis à l’issue de cette retraite se profilait la possibilité de faire une autre retraite traditionnelle de 3 ans et 3 mois. Donc j’ai sauté sur l’occasion. J’ai signé pour cette retraite 3 ans et 3 mois auxquels ont été ajoutés des modules additionnels facultatifs donc j’ai fait au total une seconde retraite de 4 années. Au cœur de cette retraite traditionnelle du bouddhisme tibétain qui appartient à une lignée particulière, la lignée Shangpa de Kalou Rinpotché. On a abordé un ensemble de méditations progressives, très variées, très diverses qui respectent vraiment une tradition. C’est une retraite avec un emploi du temps très stricte, c’est un programme très très dense.

Aujourd’hui, je vais aborder une brève présentation des types de méditations qui peuvent être pratiqués dans ce cadre là. J’avais envie de faire cette vidéo depuis un certain temps parce qu’on entend dire beaucoup de choses sur la méditation. Il y a des formes de méditations très différentes et ce n’est pas toujours facile de s’y retrouver dans toutes ces techniques.

En tibétain le mot méditation se dit gom. On peut traduire ce terme en français par « s’habituer à ». En faite, on peut s’habituer à des choses très diverses, c’est à dire qu’on peut rester dans des états d’esprit ou dans des réflexions très diverses. Donc méditer, cela peut être des méditations analytiques, sur la respiration, ou des méditations plus psychologiques. Ca peut-être des prières, la pratique de la vertu, ça peut-être des choses très très variées. La méditation est un ensemble de pratique très diversifié.

Maintenant si on veut faire un petit peu le tour d’horizon des méditations, il faut se ramener à l’enseignement du Bouddha :

Parmi toutes les traditions qui utilisent la méditation il y a celle du bouddha à laquelle j’appartiens. Le Bouddha a conseillé différents types de méditations dans un objectif très clair : se libérer de la souffrance. C’est à dire que dans ce cadre là, toutes les formes de méditation ont cet objectif.

On peut classer les méditations en 2 types : les méditations avec réflexion et les méditations sans réflexion. Les méditations avec réflexions vont contenir toutes les pratiques spirituelles où on va par exemple prier pour le bien d’autrui. Pour résumé, on va pratiquer la vertu. On va pratiquer la générosité, l’éthique, la patience, la diligence, l’enthousiasme et la sagesse. C’est ce qu’on appelle les 6 vertus transcendantes. A travers, les textes rituels en tibétain dans la tradition tibétaine ou à travers des méditations qui ne s’appuient pas forcément sur des textes, on va pratiquer la vertu. Pourquoi pratiquer la vertu ? Parce que la pratique de la vertu va avoir des fruits, ça va être comme le principe des vases communicants. En pratiquant la vertu, on va pacifier, on va diminuer les émotions perturbatrices. En pratiquant la générosité, on va pacifier, diminuer l’orgueil sous ses formes grossières et subtiles qu’on ne va pas détailler aujourd’hui. On va pratiquer les vertus qui vont pacifier les émotions : l’orgueil, le désir-attachement, la jalousie, la colère, l’opacité mentale. En pratiquant à fortes doses des méditations, des rituels très divers, on va pratiquer la vertu. On va pacifier les émotions, ça aura pour résultat de diminuer (les émotions et) les pensées. En faite, si les pensées s’élèvent en notre esprit c’est parce que derrière les pensées il y a des émotions et ce sont les émotions qui génèrent les pensées. Donc en faisant un travail sur le long-terme sur les émotions, on va du coup diminuer la quantité de pensées et on va surtout diminuer leurs forces.

En méditation, on entend souvent dire : « Ah, la méditation, c’est l’absence de pensée ». Mais en faite si on attend de ne plus avoir de pensées pour méditer alors on ne méditera jamais et on ne sera jamais ce qu’est la méditation. La méditation, ce n’est pas ne pas avoir de pensées ! La méditation ultime, c’est comme être spectateur de ses pensées sans tomber dans la force des pensées et c’est aussi reconnaître la nature essentielle des pensées. On pourrait aborder ce sujet dans une autre vidéo.

La première catégorie de méditations, c’est donc un ensemble de méditations et de pratiques qui va être axé sur la pratique de la vertu. Par exemple, la générosité va pacifier l’orgueil, l’amour va pacifier la haine, etc…

Le deuxième type de méditation, ça va être des méditations qui ne vont pas prendre de forme religieuse, ni de pratiques religieuses avec des prières. Ce seront des méditations où on va centrer notre esprit sur ce qui est un support de méditation. Il y a des supports différents. Il y a des supports extérieurs comme un grain de riz, une bougie, un caillou, un petit bout de bois. On va focaliser notre esprit et ça va être un petit peu comme un exercice de musculation.

Dans la vie ordinaire, on est sous l’emprise des émotions, des pensées, de l’agitation, notre esprit est toujours à droite, à gauche, on n’a pas la capacité naturelle à se concentrer, à ramener notre esprit sur un point. Donc en faite avec ces exercices, on va se concentrer sur un petit objet. Ca parait très simple mais c’est très difficile parce qu’on va constater que malgré nous on ne peut pas se concentrer sur un grain riz. On va se surprendre à penser « qu’est ce qui se passe, j’ai 15000 pensées à la minute ». Donc ces exercices très simples, ca va être un petit peu comme de la musculation. On va se muscler pour être vigilant, on va utiliser la force du rappel et la force de la présence et de la diligence sur le support de méditation. C’est déjà un défi en soi d’arriver à rester centré. Ce genre de pratique, on appelle ça le chemin du calme mental. Entre un débutant et quelqu’un qui est complètement posé sur l’objet. Il y a tout un cheminement, il y a des étapes. On peut étudier en détails ce cheminement, il y a des peintures traditionnelles tibétaines qui décrivent tout ce cheminement, les obstacles, les antidotes à mettre en place tout au long du chemin, c’est une science à part entière. C’est un type d’exercice, on va se concentrer sur un objet, là j’ai parlé des objets extérieurs. Il y a des objets extérieurs sacrés, comme les statuts du Bouddha, des photos de maîtres, des photos du Bouddha. Donc ça, c’est des objets extérieurs.

Après, il y a des objets intérieurs tel que la respiration, les visualisations, des sphères lumineuses par exemples ou des divinités. Puis après il y a des supports subtiles ou secrets. Là, ça va être d’avantage des choses comme écouter les sons, essayer de toucher la subtilité des sonorités. C’est une méditation qui est un peu plus intérieure, plus subtile.

Toutes ces méditations ont pour objectif de poser notre esprit et de développer la concentration. Une fois que ce travail a été fait, d’une façon où les résultats sont significatifs, on peut aborder des méditations analytiques car on est devenu disponible et prêt pour l’analyse intérieure. C’est à dire qu’on va être disponible pour observer ce qui se passe en nous. La méditation qui aura posé l’esprit, qui aura dissipé les émotions, va nous rendre disponible et après on peut aborder des choses subtiles. Donc le premier type de méditation, c’était le calme mental qu’on appelle « chiné » en Tibétain ou alors « Samatha » chez les indiens, dans la tradition hindouiste. Ensuite, lorsqu’on a pacifié l’esprit, posé l’esprit, on va avoir des méditations plus analytiques sur les mouvements cognitifs ou alors on va se poser des questions qui vont ressembler à « Tiens cette pensée qui arrive, qu’est ce que c’est? Où est ce qu’elle est ? D’où vient-elle ? Ou disparait-elle ? » La méditation s’appuiera sur le calme mental, on va laisser arriver une pensée. De toute façon, elles arrivent par elles-mêmes et on va observer. On va se poser ses questions 10000 fois.  Cette pensée qui émerge, je la regarde et je pose ses questions : D’où vient-elle ? Où est-elle ? Où est-ce qu’elle disparait ? Qu’elle est sa couleur, son poids, sa forme, etc… ?

On se pose des questions et on observe, on observe…. Dans une autre vidéo, j’aborderai peut-être la réponse à ces questions. Aujourd’hui, je veux juste balayer les types de méditations.

Cet ego que je chéri tous les jours, à un moment donné, on va se poser des questions à son sujet: « d’où vient-il ? Qu’est ce qu’il est ? Est-ce qu’il a une forme ? »

Les conclusions de ce genre de méditations sont justement ce qui a permis au Bouddha de s’éveiller. Ces méditations analytiques sont simples mais très profondes. Il faut préparer le terrain pour observer de façon fine, c’est simple, ce n’est pas religieux mais c’est très profond.

Après, il y a d’autres types de méditations, il y a des méditations qui vont intégrer ces deux aspects méditatifs : le fait de poser l’esprit et le fait de méditer sur des supports subtiles. Là, ce seront des méditations qui sont propres aux tantras, au vajrayana. Ce sont des méthodes qui d’emblée considèrent qu’en nous, nous avons la nature du bouddha. Depuis toute l’origine, notre nature profonde est éveillée, il s’agit de la reconnaitre. Dans les premières méditations que j’ai évoquées tout à l’heure où il s’agit de pratiquer la vertu. C’est le fruit de la vertu qui va petit à petit nous amener à la reconnaissance de notre nature profonde, de notre nature éveillé. Par contre, les tantras sont des pratiques où l’on unit le fait d’être posé et le fait d’avoir des méditations analytiques subtiles. Dans le vajrayana, on considère d’emblée que notre nature profonde est éveillé, on va utiliser des outils ou des méthodes qui sont déjà conformes à l’éveil. On n’est pas éveillé lorsqu’on les pratique mais la nature même des méditations est très très proche du fruit qui est l’éveil. (1) On va visualiser des divinités, qui sont des formes symboliques, ce ne sont pas des personnes bien que cela en est la forme. On va méditer par exemple les formes du Bouddha. Le fait de visualiser clairement un bouddha qui a des ornements, une couleur, un certain nombre de bras, pas forcément deux, des attributs, un entourage ; le fait de créer cette visualisation mentalement va poser notre esprit. Cette création de visualisation va avoir pour fonction de poser l’esprit. On va se concentrer sur ce qu’on va générer par la visualisation. Après, le fait que cette visualisation soit une forme lumineuse, insubstantielle, qui nait de notre esprit, qui ne demeure nulle part, qui ne vient de nulle part, qui ne disparait nulle part. Cela nous fait pratiquer la méditation analytique sur la nature des phénomènes.

C’est très embêtant de faire une brève vidéo parce que je caricature et je réduis énormément le sujet. Je suis très très mal à l’aise pour faire des vidéos sur internet parce qu’en donnant quelques explications, on peut donner l’impression qu’on a couvert le sujet. Ou alors on peut donner l’impression aux personnes qui vont regarder la vidéo que du coup, elles vont connaitre. Mais en faite, tout ce que je viens de dire, ce n’est que le menu. Lorsqu’on va au restaurant, on voit le menu à l’extérieur du restaurant. Ce que je viens d’évoquer, c’est juste le menu. Mais pour vraiment connaitre, ce qu’il y a au menu, il faut le déguster. Et pour le déguster, il faut rentrer dans le restaurant, il faut se mettre à table, il faut le mettre en bouche, il faut prendre le temps de déguster. Tout ce que je viens d’évoquer, ce n’est que le menu et encore je n’ai fait que le survoler. J’ai juste marqué « entrée », « plat » et « dessert ». Je n’ai même pas marqué le nom des plats. Quelque part, c’est très frustrant de faire une petite vidéo mais si ça peut aider quelques auditeurs, j’aurai le plaisir d’en refaire d’autres pour aborder certains points progressivement.

Je viens de créer un blog personnel qui est www.terresderepos.tv. Sur terresderepos.tv je commence à aborder les grands axes du chemin spirituel selon la voie tibétaine. J’ai commencé à aborder certains outils. Je me lance un défi dans les 18 prochains mois, c’est de rencontrer une vingtaine de maîtres majeures de la tradition tibétaine. Une douzaine de maîtres tibétains et après je vais ouvrir le défi aux autres traditions. Dans les 18 prochains mois, c’est mon challenge. Bon, avec les maîtres tibétains il y a toujours des surprises, mon projet va peut-être muter, on verra. En tout cas, je vous invite à me retrouver sur mon blog et à découvrir ce que j’ai à partager avec vous et n’hésitez pas à laisser vos commentaires. Les commentaires sont toujours une source d’inspiration qui me pousse à écrire et à répondre aux sollicitations. Merci.  terresderepos.tv

Notes :

(1) La pratique des tantras peut être envisagée et pratiquée comme un moyen de purification des voiles qui nous séparent de la contemplation de notre nature profonde éveillée. Mais la véritable pratique des tantras n’a lieu qu’à partir du moment où le pratiquant demeure en la nature de l’esprit, lorsqu’il est en contemplation de sa nature de bouddha. Est tantrika celui qui pratique depuis ce niveau de samadhi. Toute la puissante et la subtilité des tantras ne se révèlent qu’à partir qu’à partir de ce stade. Djamgoeun Kongtrul le Grand, un grand maître du XIXe disait : « La véritable pratique des tantras ne commence qu’après la reconnaissance de la nature de notre esprit. »

Apprenez à rester heureux quoi qu’il arrive !